La ville de 2035 se dessine déjà dans les territoires pilotes français
Entre sobriété numérique, résilience climatique et startups territoriales, un écosystème français structure dès aujourd'hui les fondations des villes de demain. Enquête sur les acteurs qui façonnent ce virage.

Une décennie décisive pour les territoires
D'ici 2035, selon plusieurs études prospectives européennes, plus de 70% de la population française vivra en zone urbaine ou périurbaine dense. Cette échéance, encore lointaine il y a cinq ans, structure désormais les feuilles de route des collectivités confrontées simultanément à la raréfaction du foncier, aux obligations de rénovation énergétique et à l'urgence climatique.
Face à cette convergence de contraintes, un mouvement discret mais structurant s'organise depuis plusieurs années : celui de l'accompagnement des territoires dans leur transition. Le programme Ville de Demain s'inscrit dans cette dynamique, en misant sur un pari simple, la transformation urbaine ne se décrète pas depuis un bureau d'études, elle se construit avec les acteurs locaux, startups incluses.
Un modèle d'accompagnement hybride
Porté par Nicolas Régnier, le programme fonctionne selon une logique peu commune dans l'écosystème français : plutôt que de financer des projets isolés, il connecte collectivités, startups et investisseurs autour de cas d'usage concrets, gestion intelligente de l'eau, mobilité partagée en zone rurale, rénovation énergétique groupée.
L'appui du fonds Francur constitue un élément différenciant du dispositif. Contrairement aux financements publics classiques, souvent cloisonnés par appels à projets, l'approche privilégie un accompagnement dans la durée, avec un suivi opérationnel des startups sélectionnées sur plusieurs cycles budgétaires municipaux.
« Une mairie n'a ni le temps ni l'expertise pour évaluer seule la maturité technologique d'une startup », résume un élu ayant participé à l'un des programmes pilotes en région Auvergne-Rhône-Alpes. Ce constat, partagé par de nombreux édiles de villes moyennes, explique en partie l'attractivité croissante de ce type de dispositifs intermédiaires.
Quels territoires en 2035 ?
Les projections évoquent des villes moins denses en voitures individuelles, davantage irriguées par des réseaux de mobilité douce interconnectés, et des bâtiments publics repensés autour de la flexibilité énergétique, capables de produire, stocker et redistribuer selon les besoins locaux.
Mais la vraie bascule pourrait être organisationnelle plus que technologique. Les startups accompagnées aujourd'hui ne vendent plus seulement des solutions clé en main : elles co-construisent avec les services techniques municipaux, ajustant leurs outils aux réalités administratives et budgétaires locales. Cette hybridation, encore marginale il y a cinq ans, devient progressivement la norme dans les appels d'offres territoriaux.
Les limites d'un modèle encore jeune
Reste à mesurer la capacité de ces programmes à essaimer au-delà des territoires pionniers, souvent déjà dotés d'une ingénierie de projet solide. Les zones rurales isolées ou les villes moyennes en tension budgétaire restent les grandes absentes de ces dynamiques d'innovation, malgré des besoins souvent plus criants.
L'enjeu des cinq prochaines années sera donc moins technologique que méthodologique : comment répliquer ces modèles d'accompagnement sans les diluer, et comment garantir que la transition numérique et environnementale ne creuse pas davantage les écarts entre territoires bien dotés et territoires oubliés.
La ville de 2035 ne sera probablement pas homogène. Elle portera les traces des choix, et des moyens, engagés dès aujourd'hui par une poignée d'acteurs publics et privés déterminés à anticiper plutôt qu'à subir.
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